ANDRE LE MAGNIFIQUE
Voyant cette pièce après
plusieurs mois d’une renommée enthousiaste grandissante, quelques
idées acquises pouvaient néanmoins faire écran: Ainsi
il s’agirait d’une troupe de mauvais comédiens qui au fur et à
mesure de la répétition catastrophique d’une pièce,
progressent dans l’absurde et le ridicule. Par ailleurs des extraits vus
à la télévision renforçaient cette impression
de burlesque navrant!....
Mais la rumeur
persistait donc de plus en plus intense: Cette pièce serait l’un des
plus grands succès de la Saison 97-88, et elle se joue au Tristan
Bernard. Ce théâtre discret à quelques pas de la gare
Saint Lazare a en effet acquis en quelques années, une réputation
de découvreur, hors des sentiers tracés.
Donc Basta pour « André
le magnifique ».....et résultat de la soirée: «
C’est génial!....Oui c’est génial de la première à
la dernière seconde ». En outre les comédiens semblent
jouer avec la fraîcheur originelle de la création, ce qui
n’est pas la moindre des performances!....
Dès
les premiers instants, il est possible d’observer que l’enjeu se situe
délibérément dans la confrontation entre la France des
champs et la France des villes, entre la France des traditions et celle du
modernisme avancé....bref ces comédiens qui signent ensemble
l’écriture, la mise en scène, et l’interprétation se
révèlent être les enfants légitimes de Jacques
Tati, celui de « Jour de fête », celui qui a su
fédérer immédiatement tous les spectateurs par la perception
d’une sensibilité de terroir qui s’éveillerait à
l’ambition instinctive du progrès culturel!....
Beaucoup de bonne volonté,
de candeur et de naïveté s’entremêlent avec les fils de
la notoriété condescendante! Où se trouve réellement
la compétence et la connaissance de la représentation
théâtrale? Qui du fat ou du naïf pourra tirer son épingle
du jeu?
C’est,
imprégnés d’une sensibilité délibéremment
rustaude, éloignée de toute connotation « franchouillarde
», que ces comédiens issus majoritairement du Conservatoire et
de la Comédie Française ont élaboré en commun
l’histoire de ce couple rural dont les aspirations théâtrales
vont susciter le recours aux services d’un comédien nationalement
renommé ainsi qu’à ceux d’un veilleur de nuit qui fera office
opportunément de souffleur.
Un 5ème personnage, homme
à tout faire de son état, et nécessaire en l’occurence
à la figuration jouera le rôle de la mouche du côche,
en affichant ostensiblement une débilité légère,
supérieure à la moyenne supportable!....
Ce cocktail
fonctionne alors avec une sensibilité émotionelle
irrépressible grâce à une interprétation
enracinée dans le caractère profondément humain des
personnages, livrés avec la vérité brute, celle où
le 2ème degré ne peut être dévolu qu’à
la part active du spectateur!....
Tous ces petits gestes d’attention,
d’intention que le quotidien secrète au sein des projets les plus
exaltants façonnent cette humanité abyssale des personnages
qui déclenchent en retour la compassion et l’attachement du spectateur.
Ceux-ci ne se moquent pas, car ils savent délibérément
qu’une partie d’eux-mêmes, sans doute la plus sincère, se trouve
ainsi exposée à vif sur scène. Un spectacle
irrésistible appelé aux plus hautes récompenses!....
Theothea le 11/02/98
|