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texte mis en ligne le samedi 18 mars 2000
Fin de vie, arrêt de vie, euthanasie Commentaires de Michel Cavey
Le Comité Consultatif National dEthique vient de rendre un avis relatif aux problèmes de la fin de vie. Ce texte a donné lieu à des réactions très négatives de la part des militants du mouvement des soins palliatifs. Une rencontre a eu lieu le 6 mars 2000 à Paris sous légide de lEspace éthique de lAssistance Publique de Paris. On trouvera le texte original qui est commenté ici à l'adresse : Jy suis allé et jai retenu entre autres que lavis en question entendait ne traiter de la question de l'euthanasie que de manière oblique, le fond du texte étant consacré à la fin de vie en général. Jai également retenu quon minvitait à lire attentivement le texte de la première à la dernière ligne, ce que jai fait. Je navais jamais lu davis du Comité Consultatif National dEthique ; dans mon imaginaire cette instance était une assemblée de sages qui avait le souci de rechercher, hors de toute pression dun groupe ou dun instant, des principes susceptibles daider la décision éthique concrète ; bref une instance où lexigence intellectuelle régnait sans partage. Quai-je découvert ? En premier lieu quil sagit dun texte de 12 pages, réparti comme suit :
Le mot " euthanasie " apparaît pour la première fois à la 8e ligne du texte, et on le rencontre 7 fois dans les six premières pages. Il sagit donc dun texte sur leuthanasie, et on sétonne que le Comité Consultatif National dEthique soit réticent à ladmettre. Il me restait donc à espérer que la question au moins avait été traitée à fond. Les pages suivantes visent à permettre den juger. En guise de mise en bouche, essayons de nous faire une idée de lambition avec laquelle le texte a été conçu et rédigé. Il suffira pour cela de lire les premières lignes du texte :
Demblée cette phrase contient en germe toute léquivoque de la question posée : car chacun sait que lallongement de la durée de vie doit autant au progrès économique et social quau progrès médical. Autant dire que les médecins nont vis-à-vis de leuthanasie et du débat en général sur la longévité que demi-voix au chapitre ; une voix marginale : le débat est bien un débat philosophique et social. Il serait temps plutôt de se demander sérieusement de quoi notre société se défausse sur la médecine. Toujours est-il quon ne sattendait pas à voir le Comité Consultatif National dEthique manier le faux truisme avec un tel aplomb.
Ici aussi limprécision laisse pantois : il paraît que le mourant est dépossédé de sa mort. Mais le Comité Consultatif National dEthique serait bien en peine de trouver une civilisation ou une époque dans lesquelles le mourant aurait été propriétaire de sa mort ! De tout temps la mort a été avant tout un phénomène social, et non individuel. Cest commettre une énorme bourde que de lire, par exemple, le texte de Philippe Ariès sur " la mort apprivoisée " comme le témoin dun temps où lhomme maîtrisait sa mort ; ce nest pas lindividu qui la maîtrisait mais la collectivité, et elle le faisait au travers dun rituel stable et fixe, qui dépossédait le mourant de sa mort dune manière peut-être plus paisible mais certainement plus sûre que le mourir contemporain
Là-peu-près continue : car sil est vrai que le progrès médical engendre des débats éthiques, il vaudrait mieux se garder de lamalgame : le débat sur leuthanasie, lui, est vieux comme le monde, et on trouve là le premier indice de ce quil faut bien appeler lescroquerie intellectuelle dont nous sommes ici victimes : ce quon nous dit en effet cest que le problème de leuthanasie doit être tranché maintenant parce quil est nouveau, et engendré par la perversion de la médecine moderne ; on se croirait dans un débat sur lécologie. Ainsi leuthanasie est présentée subrepticement (mais le Comité Consultatif National dEthique ne manquera pas de rétorquer que dans les lignes citées il nest pas question deuthanasie) comme un remède à une déviation récente quil sagit simplement de rectifier. Alors que cette question a toujours été posée à lhomme, généralement en relation avec la douleur : Oh ! si seulement il mavait précipité sous la terre, par-dessous lHadès qui engloutit les morts, dans limmense Tartare, après mavoir sauvagement enchaîné dans des liens indissolubles, pour que ni dieu ni personne ne trouvât matière à sen réjouir, tandis quà présent, jouet des airs, je souffre, hélas ! pour la joie de mes ennemis (Eschyle, Prométhée enchaîné).
Que le lecteur se rassure : jai eu la même impression dirréalité ; mais nous ne rêvons pas : le Comité Consultatif National dEthique était loin de se douter que son avis aurait un impact médiatique.
Comment peut-on écrire une chose pareille ? Ce qui nous est dit, cest que :
Ici le Comité Consultatif National dEthique pointe la contradiction entre la loi et son application pour stigmatiser linadéquation des textes. On verra plus loin ce quest sa proposition : leuthanasie resterait une infraction, mais il y aurait des exceptions ; bref, il y aurait une loi, mais on sarrangerait.
Le texte vise ici essentiellement lAssociation pour le Droit de Mourir dans la Dignité. On ne tardera pas à voir que le Comité Consultatif National dEthique ne propose rien dautre que de saligner sur ses positions. De la lecture de ces deux paragraphes, on sort terrifié : on sattendait à un texte sérieux, charpenté, argumenté. On espérait une réflexion précise, rigoureuse, intraitable. On pressent quil pourrait bien ne sagir que dune fumisterie. Naturellement le Comité Consultatif National dEthique aura beau jeu de répondre que cette critique est vétilleuse, et que le sens général du texte est suffisamment clair. Je fais donc ici un procès dintention. Sans doute. Mais le problème précisément est là : pour le sens général des choses, le journalisme suffit. Dun Comité Consultatif National dEthique on attend autre chose. Lisons donc plus avant.
Sans préjuger de la réponse, il sagit donc bien de revenir sur linterdit prononcé en 1991. Cela méritait dêtre souligné.
On a déjà évoqué plus haut ce qui apparaît ici comme une redite. Mais que peut-on attendre de cette fresque sulpicienne pour la clarté et la densité du débat ? Répétons-le : un tel avis réclame avant toute chose de la précision et de la concision. Cest avec un peu dinquiétude quon voit le Comité Consultatif National dEthique ségarer dans dinutiles méandres.
Le texte ici fait irrésistiblement penser à un discours de lEpiscopat. Que peut-on espérer tirer de cela ? Est-il si obvie de prétendre que la quête dimmortalité habite lhumanité depuis toujours, quand elle nest plus probablement la hantise que de la civilisation occidentale daprès la Renaissance ?
Chaque ligne du texte, décidément, recèle une surprise : un peu de réflexion, un peu de sérénité, et surtout un peu de pratique de terrain auraient permis de percevoir que, même encore aujourdhui, le riche laboureur demeure capable de sentir sa fin prochaine.
On se souvient de ce qui a été dit plus haut : cest méconnaître totalement la situation que se figurer que cette dépossession est nouvelle. Elle na fait que changer de forme, le rituel social ayant cédé la place à un rituel médical. Certes on ne peut dire que ce soit indifférent, et il est probable que cette modification aura été une régression. Mais la question aurait été au fond de savoir ce qui pousse lhomme occidental contemporain à poser la revendication de leuthanasie, jusquici largement individuelle, en termes nouveaux et collectifs.
Il est bon de voir enfin le Comité Consultatif National dEthique faire son métier, cest-à-dire tâcher dasseoir son avis sur des bases philosophiques sûres. Encore faudrait-il y mettre le prix, et le dire clairement. Le paragraphe quon vient de lire est dans le droit fil de Heidegger, relu peut-être par Levinas (Cf. Dieu, la mort, le temps). Mais il ne faut pas avouer ce genre de généalogie : elle pourrait faire contester largument Au reste ce que dit Heidegger, cest quil nest de dasein que mortel. Celui qui revendique la qualité de la mort comme témoin de la qualité de la vie, cest Nietzsche.
On ne résiste pas au plaisir de pointer ici encore la platitude et linconséquence. La phrase est belle, mais comme les tambours elle sonne dautant plus fort quelle est plus creuse. Il faudrait pourtant préciser en quel sens la vulnérabilité est une valeur (même si on peut lentendre) ; quant à lautonomie cest un sujet terriblement brûlant : sans même entrer dans le débat entre autonomie et dépendance, que peut-on dire de la cohabitation entre autonomie et dignité ? Serait-ce que le sujet en perte dautonomie aurait perdu une des valeurs fondamentales qui faisaient de lui un être humain ?
Répétons-le : en écrivant ces lignes, je sais fort bien que le Comité Consultatif National dEthique serait le premier à rejeter ce dont je feins de le suspecter. Mais son rôle était dêtre rigoureux et précis. Certes, ce nest pas ce quil a voulu dire, mais cest ce quil a dit. Et le fait quil lait dit, même à son corps défendant, nest en rien innocent.
Ici encore lescroquerie intellectuelle affleure : dans les mots qui sont écrits, on assimile euthanasie et bonne mort. Et denfoncer le clou en rappelant le grec : eu-thanatos. Le problème est quen grec eu- ne signifie pas exactement " bon ". Son sens général est plutôt : " ce qui est dans lordre des choses " ; ainsi un accouchement est eutocique (et à linverse un accouchement dystocique nest pas un " mauvais " accouchement mais un accouchement difficile). On rappellera simplement que le texte souvent cité de Bacon dit quil vient un temps où il est bon que la mort vienne. Bref ici le Comité Consultatif National dEthique proclame lidentité euthanasie-bonne mort. A ce stade de la lecture on a tout lieu de croire quil y souscrit.
Mieux mourir aujourdhui :
Serions-nous ainsi détrompés ? Certainement pas : ce qui dit le Comité Consultatif National dEthique, cest seulement que jamais toute la technique du monde ne fera de la mort une bonne mort. Heureusement, il y a leuthanasie.
Le développement des soins palliatifs :
Tout cet exposé est bien fait, et il décrit assez correctement la situation et la visée des soins palliatifs. Mais il y a tout de même une énigme : A quoi sert-il ? En quoi fait-il avancer le débat éthique ? Naïf lecteur je pensais que le Comité Consultatif National dEthique rendait des avis ; ce qui impliquait quil rendait des avis sur des questions. A ce stade du document, on ne sait toujours pas sur quelle question il sagit de donner un avis. Serait-ce sur les soins palliatifs ? Alors nous apprenons que le Comité Consultatif National dEthique est pour, ce qui est plutôt rassurant ; mais on ne lui demandait rien. Serait-ce donc sur une autre question ? On a pourtant cru comprendre que le document ne visait pas leuthanasie. Bref nous sommes dans lincertitude. On verra vite quelle ne durera pas.
En effet, on va à deux reprises faire observer que les soins palliatifs sont beaux et bons mais quils ne sont pas développés. On retrouve ici le raisonnement de lADMD : cette association dit militer pour les soins palliatifs, mais elle fait observer quen attendant quils soient pratiqués partout il faut bien régler leur compte à ceux qui ne peuvent en profiter.
Laccompagnement des mourants :
Le refus de lacharnement thérapeutique :
On attendait du Comité Consultatif National dEthique autre chose quune définition aussi inutilisable. Définir, cest précisément fixer un cadre, délimiter un concept. De ce point de vue ce quon vient de lire est tout sauf une définition :
Ce tissu dapproximations est grave, dabord parce quil nest pas digne du Comité Consultatif National dEthique, mais ensuite parce quil verrouille le véritable débat sur lacharnement thérapeutique, le laissant dans lair du temps alors que la question philosophique de fond nest pas encore résolue. Il est temps de la poser correctement, au moins à titre dexemple de ce quil aurait fallu faire. Les médecins ne sont ni déraisonnables ni butés : si lacharnement thérapeutique nétait pas efficace, personne nen ferait. Le problème de lacharnement thérapeutique, cest quil marche. Cest cette efficacité qui en fait un problème éthique et non une simple ânerie. La question posée par lacharnement thérapeutique est celle-ci : sachant quil existe un procédé pour améliorer lespérance de vie du malade, mais que ce procédé est pénible et na que peu de chance dêtre efficace, est-il licite de consentir à cette perte de chance ? Si on pose la question dans ces termes, on va très vite se trouver dans linconfort. On se trouvera aussi dans la vérité.
On ne savait pas le Comité Consultatif National dEthique si peu au fait de la loi. Le droit du malade à refuser des soins, linterdiction faite à un médecin de pratiquer de soins auxquels le malade naurait pas consenti ne datent pas de la loi de juin 1999. Ce droit est implicite dans tout le droit français, et lattitude autoritaire des médecins a toujours été un abus de pouvoir. La seule chose qui a changé cest que désormais on le sanctionne.
Les anglais notamment on développé sur ce point la " théorie du double effet ". Même si cest là un bien grand mot pour ce qui reste une banalité, il aurait été intéressant que le Comité Consultatif National dEthique y fasse référence.
Le traitement de celle-ci ne cherche pas à tuer et si la mort survient dans la paix, elle survient à lheure quelle a choisie. Agir de la sorte revient tout simplement à lutter de façon responsable et efficace contre la douleur et la souffrance. Cette attitude peut aussi traduire le refus de situations inhumaines, par exemple en cas de disproportion entre lobjectif visé par la thérapeutique et la situation réelle, ou si la poursuite dune thérapeutique active entraîne une souffrance disproportionnée par rapport à un objectif irréalisable.
Ici encore on est mal à laise : tout soignant saisit immédiatement ce quon entend par là. Mais en quoi la référence à des " situations inhumaines " éclaire-t-elle le débat ? Quel étalon permet de mesurer ce qui est inhumain ? Le rôle dun Comité Consultatif National dEthique est tout de même bien de fonder les choses en raison, et non en passion
Ainsi donc le Comité Consultatif National dEthique en est encore là : selon lui il existe une phase curative, à laquelle succède la phase palliative. Il y a débat sur ce point, et je suis personnellement de ceux qui estiment quil y a tout de même bien une spécificité de la fin de vie qui me fait conserver lidée, disons de " soins palliatifs terminaux ". Mais dans un avis rendu devant tout le peuple des soignants, il faudrait au moins une allusion à une autre position tout à fait recevable, et qui oriente davantage vers la notion de " soins continus ", surtout que cette position est majoritaire Il est à craindre que le Comité Consultatif National dEthique, tout simplement, ne connaisse pas le sujet.
Précisément, toute la question est là. Et il faut y réfléchir de manière approfondie. Ce dont on veut nous parler, nous le savons enfin : ce sont certains " cas extrêmes " ou " situations limites ". Et il sagit de traiter de ces situations limites. En disant cela, le Comité Consultatif National dEthique montre quil ignore une évidence : lidée de traiter des situations limites na tout simplement aucun sens. Et elle na aucun sens pour deux raisons. La première tient à la nature même de ce quest une définition. Depuis Platon on sait que je ne peux penser quavec des mots, et que je ne peux mettre des mots que sur des groupes dobjets. Un objet qui nexiste quen un seul exemplaire est un truc ou un machin. Cest parce quil existe une multitude de fourchettes que jai créé un nom pour les désigner (naturellement pour désigner les humains, auxquels je reconnais lunicité comme caractère suréminent, jai inventé les noms propres, mais cest là une autre affaire). Il en résulte que pour penser de manière efficace il faut que les catégories que je pense recouvrent un nombre suffisant dobjets (je ne peux raisonner sur les fourchettes que parce quil y a une infinité de fourchettes ; je ne raisonnerais pas de la même façon sil ny en avait que quatre au monde). Or, précisément, les situations exceptionnelles ne sont guère fréquentes. Il sensuit quelles forment une catégorie conceptuelle instable, sur laquelle il nest guère possible de raisonner. La seconde tient à lorigine même de lexception. Cest ne rien comprendre à la pensée que se figurer quon peut régler le problème des exceptions. Autant essayer de supprimer le bout de la ficelle. Lexception en fait est toujours exception à quelque chose ; cest la loi qui crée lexception, et plus il y a de lois plus il y a dexceptions. Ceci tient au simple fait que la loi délimite son propre champ de validité, et que ce champ a des bornes auxquelles la loi cesse dêtre valide, engendrant par là des exceptions, cest-à-dire des injustices. Certes on peut songer à créer une loi pour ces exceptions, mais on voit tout de suite que cette seconde loi aura elle-même son propre champ de validité, avec ses propres bornes et ses propres exceptions ; à moins que son champ ne recouvre celui de la loi précédente, engendrant alors des contradictions. Il suit de ces deux remarques que les exceptions ne peuvent être traitées. Le seul moyen de les traiter est den augmenter le nombre, ce qui se fait par deux subterfuges :
Mais alors, que faire des exceptions ? Il est temps de rappeler que notre civilisation ferait un incontestable progrès si elle acceptait enfin lidée quil y a des problèmes qui nont pas de solution.
Des situations aux limites : leuthanasie en débat : Le cadre du débat :
Ce que le Comité Consultatif National dEthique présente comme naturel ne lest absolument pas : on nous parle de la nécessité pour le soignant de soigner. Mais il y a là une approximation fâcheuse, qui porte sur la notion même de soin. Il suffira de renvoyer ici à la distinction classique entre caring et curing ; la problématique de leuthanasie est surtout celle du curing. Plus loin le Comité Consultatif National dEthique écrit : " la nécessité pour le patient de vouloir(sur)vivre ". Il se peut que ceci ne soit pas conforme à sa pensée, et que la phrase soit simplement boiteuse (ce ne serait pas la première de ce genre dans le texte). Toujours est-il que lon nous présente cette norme comme naturelle et ne faisant pas problème. Or lune des supercheries de notre débat est là : dans la pratique la volonté de vivre a quelque chose de radicalement relatif, comme on le voit couramment en gériatrie pour peu quon fasse preuve dun minimum de lucidité. En tout cas ce qui est écrit dans le texte cest quil existe une symétrie dobligations : le médecin est tenu de soigner, le malade est tenu de vivre. Ce qui simplifie beaucoup le travail du premier.
Et le défaut de pensée saute immédiatement aux yeux : car si la question de leuthanasie se pose dès que la volonté de vivre a disparu, alors nous ne sommes plus dans la problématique des cas extrêmes mais dans celle de lADMD. Et on ne parle pas du cas des sujets déprimés.
On va retrouver cette question en plusieurs endroits : on nous parle de situations jugées insupportables ; mais nulle part on ne nous dira qui juge, et au nom de quoi.
Lironie est facile. Mais on ne peut sempêcher de saluer le courage du Comité Consultatif National dEthique qui, unanime, affirme une position que personne ne songe à mettre en cause.
Que vient faire ici la notion de suicide assisté ? Serait-ce que le Comité Consultatif National dEthique pose lidentité entre suicide assisté et euthanasie ?
Cette triade rappelle celle de lADMD : " lucide, licite et réitérée ". On posera ici encore la question : quelle autorité dit que la demande est " sincère et déterminée " ? Ce dont il est question dans leuthanasie, cest de la libre décision de la personne. Le travail du Comité Consultatif National dEthique aurait été de résoudre cette contradiction fondamentale : la décision du patient peut-elle être à la fois libre et soumise au contreseing du soignant ? Et cette question ne concerne pas que leuthanasie mais au fond toute pratique de soin ; le métier du soignant, surtout en gériatrie, est à la fois de se faire lexécutant du désir du patient et de vouloir à sa place : sil ny avait pas ce désir du soignant le sujet âgé se claquemurerait dans sa chambre, cesserait de manger et on ne parlerait même pas de le laver.
Le mot est lâché : la médecine est le représentant du corps social auprès du malade. Voici qui appellerait nuance.
Les positions en présence :
Rappelons quun dilemme est une situation où le choix est à faire entre deux positions. Cette formulation na rien dinnocent : car toute la question est de savoir combien en fait il y a de positions possibles.
Cette description est réductrice, et sans doute délibérément. La raison pour laquelle les militants des soins palliatifs refusent leuthanasie nest pas celle-là, même sil est vrai que beaucoup dentre eux sont dobédience chrétienne ; ils considèrent plutôt quil y a toujours mieux à faire.
Cette présentation est fausse, car elle mélange des problèmes distincts :
Il y a là une position philosophique majeure, comme on le verra plus loin.
On sécarte là radicalement de la question tournant autour du respect de la vie pour entrer dans la pratique de bon sens.
Il faut lire plutôt : " donner un coup darrêt ". Un tel galimatias fait se demander si le texte a été relu.
Tous ces paragraphes rapportent des réalités quil ne faut pas méconnaître. Mais il demeure très dangereux de mélanger les niveaux de pensée. Cest dailleurs la faiblesse dramatique de la ligne de défense quon a vu mettre en uvre dans la rencontre du 6 avril : montrer les difficultés dapplication dun texte, cest déjà dire que sil ny avait pas ces difficultés on pourrait laccepter. En fait il sagit bien plutôt de montrer ses incohérences logiques.
On a déjà vu ce quil fallait en penser : précisément ce ne sont pas des implications juridiques claires.
Cest tout à fait évident. Par exemple nul ne songe à condamner linfirmière de Mantes-la-Jolie. Dans cette affaire la seule question quon veut voir poser est celle de la qualité des soins dans son service : oui ou non les malades étaient-ils pris en charge ? Si oui linfirmière a besoin dune aide psychologique ; si non on veut le procès du chef de service. Ou encore la question de leuthanasie se pose toutes choses égales par ailleurs, et on ne raisonnerait pas de la même façon dans un hôpital de brousse dépourvu de morphine : on se demanderait alors : est-il digne de lhumain de ne pas avoir de morphine ?
Ce nest pas dans un tout autre sens, car le problème éthique ne se pose pas ainsi. On voit ainsi ce que peut être la visée éthique : la question que se pose léthique est celle-ci : à quelles conditions puis-je me considérer comme un humain au moment où je me prépare à entrer en relation avec lautre ? La principale erreur est de croire que léthique interroge ma relation à lautre, alors quelle interroge ma relation à moi. Il arrive souvent au cours des discussions sur leuthanasie que lun des intervenants rapporte le cas de tel ou tel patient qui a posé une demande deuthanasie en pleine lucidité, en pleine sérénité. Dans ces conditions le groupe répond habituellement de deux manières : soit en estimant quil ne sagissait pas réellement dune demande deuthanasie, soit en faisant observer que le malade était certainement bien plus en souffrance quil ny paraissait. On a évidemment raison de parler ainsi, et devant une demande deuthanasie le devoir du soignant est de sacharner à rechercher les signes de souffrance méconnus, et à décrypter la demande réelle du malade. Mais il faut remarquer que les réponses qui sont ainsi faites sont les réponses qui nous arrangent, celles qui permettent de maintenir à peu de frais le tabou de leuthanasie. Le véritable courage est de reconnaître quil existe, même si cest très rare, des demandes deuthanasie légitimes, justifiées, recevables. Dire autre chose, cest sinterdire dentendre le malade, cest sériger en juge de ce quil pense réellement, ou de ce quil a le droit de vouloir. Il y a donc des demandes deuthanasie recevables. Du point de vue de la morale, la chose ne fait aucune difficulté, et rien ne soppose à ce quon accède au désir de quelquun sil veut voir ses jours abrégés. Le seul problème est dordre éthique : lhomme est un animal qui ne tue pas son semblable. Leuthanasie est interdite, non pas parce que sa demande est illégitime, mais parce que sa réalisation lest. Quiconque admet en éthique leuthanasie admet du même coup que lhomme peut désespérer de son semblable au point de lui prendre sa vie, ce qui légitime la peine de mort. Il y a ainsi une situation paradoxale (dans un sens proche de celui que Watzlawick donne à ce mot) : le droit visé ci-dessus ne peut être nié ; la question éthique porte sur le droit de faire. Comme souvent en éthique il y a un conflit de droits, ou de devoirs ; mais le refus de pratiquer leuthanasie ne méconnaît pas le droit de la demander.
Lapproximation qui précède (" Dans un tout autre sens ") montre ici sa fausseté : les tenants du refus de leuthanasie sont pleinement daccord avec cette position.
Cest bien là quest lerreur, et il faut enfin aborder la question de ce quon entend par dignité. La manière dont je me coiffe na pour moi aucun intérêt : je ne vois pas mes propres cheveux. Si je me coiffe, cest en raison de lautre : ce qui mintéresse cest le regard de lautre et ce que je vais lire dedans. Les soins de lapparence extérieure en général nont de raison dêtre que dans la mesure où lautre les voit. Autrement dit, je ne me coiffe que pour plaire. Il en est qui prétendent se coiffer ou shabiller simplement parce que cela leur plaît, et quils nont que faire du regard de lautre. Mais cest évidemment faux, le look quils se sont choisi est de toute manière fait pour être vu, même si ce qui doit être vu nest que le désir de braver le regard de lautre. Cest seulement de cette manière quon peut aborder la question de la dignité. La dignité nest pas une valeur en soi, cest au contraire toujours une fonction du regard de lautre. On nest pas digne : on est digne de quelque chose, ou on est digne dans son comportement devant les autres. Cela signifie que cest toujours lautre qui est juge de ma propre dignité. Lêtre se donne au monde par cette partie de lui qui échappe, précisément, à sa propre connaissance, ce qui fait quil ne peut savoir et encore moins juger de ce quil est pour lautre. Ainsi le mot de dignité na aucun sens en dehors dune relation. Quen serait-il, au demeurant, de la dignité dun homme seul, dun homme que personne ne verrait ? Peut-on penser la dignité en dehors dun regard ? Qui est seul na par définition de comptes à rendre à personne, et sil se prend à se poser la question de sa dignité cest toujours sous la forme : " Et si quelquun me voyait ? ". Cela ne veut pas dire que je ne peux absolument pas en juger pour moi-même : les humains saccordent sur une conception de la dignité, et je sais à quelles conditions lautre est digne ou ne lest pas. Mais quand jextrapole de la dignité que jaccorde à lautre à celle que je maccorde à moi-même, je prends un risque : il demeure quen son fond la question de ma dignité est du ressort de celui qui me regarde. Jai donc le droit de mourir dans la dignité, mais je ne suis pas libre de dire ce quest ma dignité. Il est surprenant de constater que la revendication de leuthanasie naît dans des milieux socialisants, qui affirment haut et fort leur attachement à la solidarité. Or on vient de démontrer que cette conception aberrante de la dignité repose sur un déni du lien social, seul habilité à dire ce qui est digne. Cette incompréhension de la question de la dignité éclate au grand jour dans le refus de la solution du sommeil induit : si laltération physique ou mentale est telle que le sujet lestime incompatible avec sa dignité, on peut le faire dormir. Pourtant cette solution est refusée par les tenants de leuthanasie, au motif que la dignité de la personne ny trouve pas son compte. Mais que veut dire cela ? Le problème du patient est réglé, puisquil ne se rend plus compte de rien ; il peut bien se dégrader, se couvrir de plaies malodorantes, devenir incontinent, il nen sait rien. Ce qui gêne, précisément, cest quil reste le regard de lautre ; Cest celui qui assiste à cette fin éprouvante qui juge que ce nest pas digne. Mais en disant cela on avoue, précisément, que cest le regard de lautre qui est la pierre de touche de la dignité. Il sensuit que lhomme nest pas juge de sa propre dignité.
On croit rêver : certes, la tentative de suicide nest plus poursuivie. On la simplement mise (à tort) dans le champ de la maladie ! Elle nest plus punie, elle est soignée.
Le Comité Consultatif National dEthique ne dit pas que cest là sa propre position. Mais on aurait aimé quil se livre à une critique des arguments quil énumère (dans un cas comme dans lautre). Ici le sophisme est évident : il y a tout de même une nuance entre ne pas obliger quelquun à vivre et le faire mourir. Mais on a vu plus haut que le Comité Consultatif National dEthique ne connaît pas la différence entre " euthanasie passive " et euthanasie.
Ceux qui ont vu lémission " La marche du siècle " consacrée voici quelques années à leuthanasie nont pas oublié comment le sénateur Caillavet entend faire respecter cette clause de conscience.
Retenons bien ceci : il sagit de " la faculté pour une personne consciente " Cela ne vise donc pas les situations décrites par le Comité Consultatif National dEthique : " Dans ce registre, se pose de façon particulièrement délicate le problème du patient privé de la capacité à exprimer sa volonté, quil sagisse de nouveau-nés, de grands vieillards ou dindividus plus jeunes, victimes daccidents graves ou de maladies les privant de moyens de communiquer " (cf. supra).
Ce point également est accepté par les opposants à leuthanasie.
On reste sans voix : les mots écrits sont : " existentiel, psychologique, sentimental ". Rien nest dit sur les inconforts physiques : curieux oubli Tel quil est écrit ce passage sapplique exactement au cas de la dépression.
" Incriminable " et " punissable " ne sont pas des termes équivalents. Ceci est extrêmement important. Dire quun fait nest pas incriminable, cest dire quil ny a pas matière à jugement : ainsi il ny a ni crime ni délit lorsque les faits ont été accomplis en état de démence. Dire quun fait nest pas punissable, cest dire quil ny a pas matière à sanction. La différence est que dans ce dernier cas il y a tout de même un jugement pour savoir si le fait est punissable.
On retrouve là lincohérence logique : comment peut-on à la fois dire que le sujet est seul juge de sa dignité et demander validation par un autre ?
Ce trinôme pointe encore linfluence sous laquelle le texte est écrit : les mots de lADMD sont : " licite, lucide et réitérée ".
Il y a inconséquence à présenter ce point comme allant de soi : tout étudiant en première année de philosophie sait que la définition de ce qui est " explicite " nest pas une mince affaire.
Ce qui exclut du monde : on lit bien ici par exemple que la demande ne peut être présentée par la famille. Le mot d " égoïste " est ici révélateur : on est dans les bons sentiments. A moins que par " tiers intervenant " on nentende celui qui pratique lacte. Mais alors on ne fait que rappeler un principe de base de lexercice médical.
On exclut donc les cas dont le Comité Consultatif National dEthique entendait nous parler. Pourtant dans son introduction à cet exposé le Comité Consultatif National dEthique écrivait : " Face à ces dilemmes ", visant par là les cas exceptionnels qui sont tous caractérisés par limpossibilité de communiquer. En dautres termes le Comité Consultatif National dEthique expose la position de lADMD comme réponse à des situations dont il nie quelles puissent en relever. Cest là toute lescroquerie, et cette escroquerie est précisément celle de lADMD : on met en avant des situations-limites pour revendiquer un droit plus large, occultant lincompatibilité logique entre ces deux situations.
Autre exemple descroquerie : dabord ces deux positions ne sont pas inconciliables, on la vu chemin faisant. Ensuite le Comité Consultatif National dEthique emploie ci-dessus les mots péjoratifs de " résignation " et de " renoncer à avancer ". Encore faudrait-il que tout mouvement soit avancée.
Engagement solidaire et exception deuthanasie :
Certainement, mais aux risques et périls de celui qui le fait. Il y a des situations cornéliennes, et il me paraît important que la sollicitude se manifeste par une prise de risques personnelle. Ainsi dans mon propre cas, jai été un jour amené à prendre une décision dabandon thérapeutique ; la famille me la reproché et ma traduit devant le Conseil de lOrdre, qui a approuvé mon attitude ; bien que cette affaire ait empoisonné un an de ma vie, il me semble tout bien considéré quil était licite de me demander compte de ma décision.
Le mot nest pas anodin, et montre que la réflexion navance pas : supportable par qui ? Et ceci nest pas une petite question, comme en témoigne ce qui suit.
Il suffit de procéder à un sommeil induit. Certes il y aura des cas où ce sommeil devra être prolongé. Mais pourquoi pas ?
L " euthanasie passive " nest pas une euthanasie.
Même remarque.
Il suffit de ne pas soigner ; on entend bien lextrême cruauté de la situation pour les parents. Mais à quoi sert de cacher lincohérence logique de ce qui est dit ? Le nouveau-né quon nous décrit peut toujours être mis en sommeil induit si lon juge quil souffre à un titre ou à un autre. Ici la souffrance quon soulage est celle des parents. Or on a dit plus haut que leuthanasie ne devait pas être posée pour soulager lentourage. La question des nouveaux-nés ne relève probablement pas du champ de leuthanasie mais dun autre champ, plus proche sans doute au plan conceptuel de celui de lavortement. Cétait le rôle du Comité Consultatif National dEthique de ne pas mélanger les questions.
Texte capital, car il montre létat desprit du Comité Consultatif National dEthique. Le champ lexical utilisé est celui de lémotion : compassion, sollicitude, paternaliste, pitié, commisération, respect, humanité, sensibilité Cest très important car cela signifie que lavis est rendu au nom de ces valeurs (dont on ne conteste pas limportance) et pas au nom de la raison. Or il convient de dire ici un mot de ce quon nomme éthique. Il y a en gros deux manières de considérer léthique. La première est dexaminer un problème et de tâcher den dégager les fondements rationnels, au moyen dun raisonnement philosophique rigoureux. Cette fondation en raison aboutit à une vision claire des situations, avec linconvénient de parvenir éventuellement à la conclusion que le problème na pas de solution. Cest léthique qui pose des questions. La seconde est de prendre le même problème en se donnant pour tâche de trouver coûte que coûte une solution, qui ne peut être alors que la moins mauvaise possible, avec linconvénient dêtre souvent très mal assurée en raison. Cest léthique qui donne des réponses. On a envie de dire dune part que le plus urgent pour notre civilisation est sans doute de retrouver un peu de rigueur intellectuelle ; dautre part que si lon veut à tout prix trouver les bonnes réponses il vaudrait mieux commencer par poser les bonnes questions, de sorte quune analyse éthique complète ne peut faire léconomie dune fondation en raison, quitte à redescendre des cimes où elle se sera hissée pour en tant que de besoin mettre les mains dans le cambouis. Cest de ce raisonnement préalable dont le Comité Consultatif National dEthique sest imprudemment dispensé.
On retrouve ici le mot important. On verra plus loin ce quil en est.
Précisément, ceci est faux : consentir et avoir consenti ne disent absolument pas la même chose. Ce qui est dit dans le présent na pas la même signifiance que ce qui sest dit dans le passé.
Cette description ne recouvre aucune des " situations exceptionnelles " dont on prétendait nous entretenir.
Le Comité Consultatif National dEthique feint ici de méconnaître quil existe une énorme différence entre le fait de donner son consentement à un projet de soins aboutissant à la survie et le fait de donner son consentement à la mort. Dans le premier cas en effet le sujet établit un programme quil décide, et dans lequel il prévoit éventuellement ce quil conviendrait de faire dans le cas où il serait momentanément empêché de réitérer son consentement, étant entendu que, ce moment passé, il pourra contrôler que ses décisions ont été respectées (naturellement il peut aussi dire son sentiment au cas où on devrait envisager labandon thérapeutique alors quil serait inconscient). Dans le second cas il ny a pas de programme, et pas de contrôle a posteriori possible.
On se reportera à ce qui a été dit plus haut : cette problématique rejoint plus celle de lavortement que celle de leuthanasie.
On brûle de savoir ce que le Comité Consultatif National dEthique préconise dans le cas où un sans domicile fixe se trouve dans une de ces " situations extrêmes " envisagées ici. Il est regrettable de constater, mais on présume que cest fortuit, que cette exclusion du champ compassionnel tombe sur les exclus de la société.
A qui veut-on faire croire que consentir à la mort qui vient équivaut à consentir à la mort donnée ?
Ici, il faut sarrêter. Un mot possède ce quon appelle un champ sémantique ;cest-à-dire quil est susceptible de recouvrir un certain nombre de significations. Par ailleurs il renvoie à un certain nombre de réalités. Ce qui est soutenu ici, cest que puisquil y a un champ sémantique du mot, ce mot ne recouvre quune réalité. Ainsi le mot " consentement " a un champ sémantique qui décrit donc les aspects dune réalité. Cette proposition sappelle un sophisme, dont le modèle est : " Tout ce qui est rare est cher, et puisquun cheval bon marché est rare un cheval bon marché est cher ". La réfutation est simple : rare est employé ici dans deux sens différents. Dans notre cas on nous impose lunification forcée de trois notions qui nont en commun que le mot qui les désigne :
On entend bien que le fait que ces trois notions soient désignées par le même nom ne doit rien au hasard. Reste que cest forcer le texte que de prétendre tenir là une réalité unique.
La conséquence tombe immédiatement : une fois la chimère créée, on peut prétendre quelle existe et se prétendre contraint par elle.
Celle-ci ne signifie pas lapplication aveugle dune règle impersonnelle et déresponsabilisante, mais la décision mûrement pesée et réfléchie de prendre le risque dagir au moins mal .
Nous y voici enfin. Le Comité Consultatif National dEthique nous avait juré quil navait en vue que des situations extrêmes, exceptionnelles, rarissimes. Voici maintenant quil nous explique quil a un autre but : mettre un terme à la clandestinité. Autrement dit le Comité Consultatif National dEthique développe deux arguments centraux :
Mais par-delà cette absurdité, cest toute la question de léthique qui est posée. Ce qui est dit cest que la loi doit suivre les murs. Une loi qui nest pas respectée est une mauvaise loi. Ceci ne peut être traité avec la légèreté dun petit paragraphe. Dune part il nest jamais sain quune loi ne soit pas appliquée. Reste à choisir entre deux attitudes :
Dautre part il faut se demander pourquoi la loi nest pas appliquée, et il faut se poser le problème en éthique, il faut réfléchir : la loi était-elle fondée en raison ? et si oui :
On fera grâce au Comité Consultatif National dEthique dautres implications de sa thèse : il y a par exemple une loi qui interdit lusage de lhéroïne.
Soit. Plaçons-nous sur le plan du droit. On observera que leuthanasie est un homicide volontaire, cest-à-dire un crime qui relève de la Cour dAssises, laquelle na besoin daucun subterfuge pour asseoir des décisions quelle na pas à motiver. On observera que la dispense de peine existe. Cette remarque nest nullement incidente ; quelle est en effet la question posée ? On nous parle de situations extrêmes, abominables, telles que celui qui en est victime demande quon le tue, et telles que je me sente contraint dintervenir. Cest la compassion qui me pousse à agir ainsi. Est-on absolument certain quon doive se donner le droit de le faire sans que cette action fasse appel à mon courage ? Nai-je pas à assumer les risques de ma décision ? On parle de situations extrêmes : ne faudrait-il pas que ces situations extrêmes demandent un courage extrême et des procédures extrêmes ? Cest donc le plus sérieusement du monde que face à ces situations extrêmes je propose une attitude extrême. Tuer est un crime. Quiconque tue en rendra compte. Rendre compte, cest être jugé. Et le tribunal jugera si le crime était ou non excusable. Mais il y aura jugement, avec ses aléas. Ou alors on admet que ma compassion na pas lieu daller jusquà me faire prendre le risque dun désaveu. Cette position est celle qui a cours actuellement. Il ny a pas lieu den changer.
Comment laisser passer le glissement sémantique ? Larrêt de vie est sans doute plus politically correct que leuthanasie. Encore un peu de courage et on arrivera à lADV : que diable, lIVG nest pas lavortement.
Cest précisément ici que le Comité Consultatif National dEthique doit être plus clair. Si tout acte deuthanasie doit faire lobjet dune procédure judiciaire, alors on ne voit pas en quoi la situation actuelle lui pose problème. Ici le Comité Consultatif National dEthique étend sa sollicitude aux magistrats ; on nen est que plus surpris de constater quil na pas pris la peine de les consulter, comme en témoigne la " liste des personnalités entendues ".
On a vu abondamment que ce nest en réalité pas le cas.
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