S.E ASCH

Les marchés mêmes délocalisés (la corbeille a disparu depuis longtemps) restent une arène fermée ou s’affrontent les gladiateurs volontaires (spéculateurs) ou obligés (captif des fluctuations de taux, de matière première ou autres devises). Dans cette arène, le gain de l’un est la perte l’autre, le jeu est à somme nulle.

L’enjeu est des plus passionnels, avec l’amour et le pouvoir l’argent modifie et guide notre comportement plus encore que nous le percevons. La conquête de l’être chéri ou du pouvoir dépend d’une stratégie d’une méthodologie parfaitement pesée, pensée, complexe et rationnelle, mais les ressorts, les motivations initiales les désirs de conquêtes restent hautement (uniquement ?) et définitivement émotionnels.


Dans le cas précis des marchés financiers les ressorts, les motivations émotionnelles sont aussi primaires que puissantes.

Les opérateurs n’ont qu’un désir, gagner de l’argent, une seule crainte, le perdre.


Ceci admis, on reconnaît implicitement et explicitement que l’influence du comportement de chaque agent ne peut pas être marginale. Empiriquement on peut postuler que le comportement global du marché résulte plus que de la simple somme de chaque comportement individuel mais aussi de logiques d’influences interindividuelles.


Il est bon en effet de rappeler les célèbres expériences menées par le psychologue social américain S.E ASCH (l) au début des années 50.
I1 était demandé à un individu de déterminer quelle ligne, parmi trois, avait la même longueur qu’une ligne de référence. La réponse, sans être absolument évidente, était néanmoins sans ambiguïté possible.
Chaque sujet testé était placé dans un groupe de six à huit personnes et annonçait sa réponse en dernier. Les autres membres du groupe, de connivence avec l’expérimentateur, donnaient tous la même mauvaise réponse.

Dans de telles conditions, le choix de la personne testée est difficile :
doit-elle donner la bonne réponse et s’opposer à ses pairs ou s’aligner sur le choix unanime mais faux du groupe ?

Le résultat de cette expérience est tout à fait surprenant : une partie substantielle des personnes testées suit l’opinion majoritaire. Deux explications peuvent rendre compte de ce phénomène.

La première y voit les effets brutaux de l’instinct grégaire, l’expression d’un désir irrationnel d’adhésion au groupe. Mais une autre interprétation peut-être avancée. L’individu testé utilise les réponses des autres comme informations dont il tente de tirer parti. Après tout, nos sens peuvent nous tromper, nous ne sommes pas infaillibles et il est quelque peu présomptueux de se considérer comme systématiquement meilleur que les autres.

De ce point de vue, l’utilisation des agissements des autres apparaît comme une attitude hautement rationnelle. Une manière de tester cette hypothèse interprétative consiste à modifier le degré d’expertise que le sujet attribue au reste du groupe, par exemple en annonçant que les performances de celui-ci ont été particulièrement élevées lors d’expériences antérieures.

Une forte augmentation du pourcentage de réponses erronées, suite à cette annonce renforcerait la seconde interprétation au détriment de la première. Ce qui est effectivement constaté.

Cette méthodologie classique permet de jeter une passerelle naturelle vers comportement des opérateurs de marchés, analyste technique ou non, chacun dépend des décisions de tous. Chaque acte de chaque intervenant modifie, très directement, la distribution de la richesse disponible. Trente ans plus tard la théorie du chaos, de manière totalement indépendante, alimente notre argumentaire. Grâce à l’adaptation au désordre boursier du fameux modèle d’Ising du ferromagnétisme, par M. André Orléan.


Guetzhow (ed) groupe. Leadership and men, Camégie 1951

Retour